Passif agressif, ce collaborateur ? Pourtant il dit oui en réunion. Il acquiesce, il sourit, il note. Et puis… rien. Le projet avance au ralenti. Les délais glissent. Les erreurs s’accumulent. Quand vous revenez vers lui, il a toujours une bonne raison : un imprévu, un malentendu, une surcharge. Jamais de front, jamais de conflit ouvert. Juste cette résistance invisible qui use les équipes et désarme les managers les plus bienveillants.
Le comportement passif agressif au travail est l’un des plus difficiles à gérer précisément parce qu’il ne se voit pas. Il se glisse dans les silences, les oublis stratégiques, les sourires de façade. Et si vous ne savez pas ce que vous cherchez, vous passez à côté.
Ce que peu de managers savent, c’est que le comportement passif agressif ne s’exprime pas de la même façon selon le profil DISC du collaborateur. Un Rouge passif agressif ne ressemble pas du tout à un Vert passif agressif. Et la réponse managériale, si elle doit être adaptée dans tous les cas, n’emprunte pas les mêmes chemins. C’est là qu’intervient le modèle DISC : non pas comme une étiquette, mais comme un décodeur.
Que cache vraiment un comportement passif agressif
Avant de parler de profils, il faut comprendre ce qui se passe sous la surface. Le comportement passif agressif n’est pas de la mauvaise volonté pure. C’est, selon la définition de Psychology Today, une forme indirecte d’expression de la colère, caractérisée par une résistance ou un refus d’engagement plutôt que par une confrontation ouverte.
Autrement dit : quelqu’un qui agit en mode passif agressif ressent quelque chose de fort : de la frustration, un sentiment d’injustice, une peur du conflit, un besoin non reconnu et ne sait pas, ou ne peut pas, l’exprimer directement. Alors il l’exprime… de biais.
Une étude publiée dans le Journal of Applied Psychology (Johnson & Klee) a montré que le style de leadership autocratique est l’un des principaux catalyseurs du comportement passif agressif en entreprise. Ce n’est pas une coïncidence : quand l’expression directe est perçue comme risquée ou inutile, le détour devient la seule option disponible.
Ce que cela signifie concrètement pour vous, manager : le comportement que vous observez est souvent un message que votre collaborateur ne sait pas envoyer autrement. Votre travail n’est pas de le sanctionner. C’est de le décoder.

Le DISC comme décodeur : 4 profils, 4 façons d’être passif agressif
Le modèle DISC identifie quatre grandes orientations comportementales : le Dominant (rouge), l’Influent (jaune), le Stable (vert) et le Conforme (bleu). Chacun de ces profils a ses propres peurs, ses propres besoins, et donc ses propres façons d’exprimer une résistance qu’il ne peut pas formuler ouvertement.
Le Rouge (Dominant) : la résistance par le sabotage
Le Rouge n’est pas naturellement passif agressif. Il préfère le conflit frontal, la confrontation directe. Quand il bascule en passif agressif , c’est souvent le signe qu’on lui a retiré quelque chose : le contrôle, l’autorité, la reconnaissance de ses résultats.
Son mode opératoire ? Il ne dit pas non. Il dit oui, et il fait différemment. Il met en oeuvre à moitié, délibérément, en sachant pertinemment que le résultat sera insuffisant. Parfois il court-circuite les décisions en prenant des initiatives non concertées qui dérèglent tout le dispositif.
Ce que vous observez : des livrables qui arrivent avec des erreurs “involontaires”, des réunions qu’il sabote par des questions déstabilisantes, une tendance à reprendre la main sur des sujets qu’on lui a retirés.
Ce qu’il vous dit sans le dire : “Je ne me sens pas respecté. On m’a mis sur le côté et je n’accepte pas ça.”
Le Jaune (Influent) : la résistance par la dispersion
Le Jaune adore être aimé. Il aime l’harmonie de surface, les bonnes ambiances, les échanges positifs. Quand il est passif agressif, il ne sabote pas : il disperse. Il minimise, il dévie, il noie le problème dans le bavardage et l’enthousiasme. En réunion, il acquiesce à tout. En dehors, il sème le doute, glisse des commentaires déstabilisants auprès des collègues, et utilise son capital sympathie comme bouclier.
Ce que vous observez : des engagements pris et jamais tenus, des délais ratés avec des excuses créatives, une tendance à parler à tout le monde sauf à vous des vrais sujets qui le gênent.
Ce qu’il vous dit sans le dire : “Je ne me sens pas valorisé. J’ai l’impression de ne plus compter et je n’ose pas vous le dire directement.”

Le Vert (Stable) : la résistance par le retrait silencieux
Le Vert est le profil qui dit oui le plus souvent… et qui exécute le moins volontiers quand quelque chose ne lui convient pas. Son arme, c’est l’inertie. Il ne refuse pas. Il diffère. Il oublie. Il est toujours “en train de s’en occuper”. Et si vous insistez, il devient encore plus effacé, encore plus poli, encore plus difficile à attraper.
Ce profil est particulièrement difficile à manager en situation de conflit parce qu’il évite la confrontation avec une maestria absolue. Il a appris depuis longtemps que se taire est plus sûr qu’exprimer un désaccord. Son désengagement est doux, silencieux, et profondément ancré.
Ce que vous observez : des tâches qui n’avancent pas sans qu’on sache vraiment pourquoi, une disponibilité de façade, un collaborateur qui “essaie” sans jamais vraiment y arriver.
Ce qu’il vous dit sans le dire : “Il y a quelque chose qui m’a blessé ou déstabilisé, et je n’ai pas les outils pour vous le dire. Alors j’attends que ça passe.”
Le Bleu (Conforme) : la résistance par les règles
Le Bleu est le profil le plus subtil dans son mode passif agressif. Il utilise la procédure, les règles, les process… comme armes. Il applique les consignes à la lettre, délibérément, pour faire échouer ce qu’il désapprouve sans jamais pouvoir être pris en défaut.
Il va vous demander une validation pour chaque micro-décision. Il va signaler des risques mineurs pour ralentir un projet qu’il n’approuve pas. Il va appliquer une directive à 100% en sachant que 100% dans ce contexte, c’est contre-productif.
Ce que vous observez : des process suivis à l’excès, des demandes de précisions interminables, des “oui mais” systématiques, une lenteur d’exécution camouflée derrière le soin du détail.
Ce qu’il vous dit sans le dire : “Je ne suis pas d’accord avec cette décision, mais personne ne m’a demandé mon avis. Alors je vais vous montrer, chiffres à l’appui, que ça ne marche pas.”
Les erreurs classiques du manager face à ces profils
Avant de parler de solutions, il faut nommer ce qui ne marche pas. Parce que face à un comportement passif agressif, les réflexes naturels sont souvent les mauvais.
Ignorer en espérant que ça passe. Ça ne passe pas. Ça s’installe, ça grossit, ça contamine les autres. Un Vert en retrait silencieux depuis six mois n’est pas en train de “traverser une mauvaise passe”. Il est en train de se désinvestir durablement.
Confronter frontalement sans avoir compris le profil. Aller chercher un Rouge pour lui faire une remarque directe peut fonctionner. Faire la même chose avec un Vert va le pousser encore plus loin dans le retrait. La même intervention, deux profils différents, deux résultats opposés.
Sanctionner sans avoir nommé le problème. Le passif agressif prospère dans le flou. Quand personne ne nomme ce qui se passe, le collaborateur peut continuer indéfiniment. Mettre des mots sur les comportements observés, sans les qualifier de “passif agressif “, est une étape indispensable.
Concrètement, ça ressemble à ceci :
- Au lieu de “tu n’es pas investi”, dites “j’observe que les livrables arrivent systématiquement en retard depuis trois semaines, sans que tu m’en aies informé en amont.”
- Au lieu de “tu as une mauvaise attitude”, dites “en réunion, tu valides les décisions, et ensuite elles ne sont pas mises en oeuvre. J’ai besoin de comprendre ce qui se passe.”
- Au lieu de “tout le monde le remarque”, dites “lors de notre dernier projet, tu as modifié le périmètre sans en parler. Est-ce qu’il y a quelque chose qui te pose problème dans la façon dont on travaille ensemble ?”
L’idée n’est pas d’accuser, mais de décrire les faits observables, de laisser une porte ouverte, et d’inviter le collaborateur à s’exprimer. C’est souvent cette conversation, précise et bienveillante à la fois, qui déverrouille ce que des semaines de tension n’ont pas réussi à débloquer.
Les leviers concrets par profil DISC
Avec le profil DISC Rouge
Rendez-lui le contrôle, ou au moins une partie du contrôle. C’est presque toujours là que se trouve la clé. Le profil DISC Rouge passif agressif résiste parce qu’il se sent mis sur le côté : une décision prise sans lui, une responsabilité retirée, une autorité contournée. Il n’a pas besoin de beaucoup pour rebasculer du bon côté, mais il a besoin que ça soit réel, pas cosmétique.
Donnez-lui une responsabilité claire, un périmètre défini, et la latitude pour décider à l’intérieur. Pas de micro-management, pas de validation à chaque étape. Nommez explicitement ce que vous attendez, et laissez-lui le choix des moyens. C’est précisément ce respect de son autonomie qui désamorce la résistance.
La conversation directe fonctionne bien avec ce profil, mieux qu’avec n’importe quel autre. Pas d’enrobage, pas de précautions infinies : dites-lui ce que vous observez, sans détour, et demandez-lui ce dont il a besoin pour s’engager pleinement. Le Rouge apprécie qu’on lui parle d’égal à égal. Ce qu’il ne supporte pas, c’est qu’on tourne autour du pot.
Avec le profil DISC Jaune
Avant même d’aborder le fond, rétablissez la relation. C’est l’ordre dans lequel ça doit se faire avec ce profil, et beaucoup de managers le font à l’envers. Ils arrivent avec le problème, les chiffres, les délais manqués, et le Jaune se ferme immédiatement parce qu’il se sent attaqué plutôt qu’accompagné.
Un profil DISC Jaune qui se sent apprécié et reconnu redevient souvent pleinement opérationnel sans qu’on ait besoin de grands discours. Un déjeuner informel, un retour positif sincère sur une contribution récente, un moment d’échange humain avant la réunion de travail : ces “petits” gestes ont un impact disproportionné sur ce profil.
Ensuite, soyez absolument concret sur les engagements. Le flou est l’allié du Jaune en mode résistance, pas nécessairement par calcul, mais parce que le vague lui permet de ne pas se confronter à l’échéance. Remplacez “tu t’en occupes” par “tu me livres ça vendredi à 17h, on fait un point jeudi matin”. La précision n’est pas une marque de défiance : c’est un cadre qui lui permet de réussir.
Avec le profil DISC Vert
La clé avec ce profil, c’est la sécurité psychologique. Le profil DISC Vert ne s’exprime pas dans un environnement où il perçoit un risque, même un risque imaginaire. Il a appris, souvent depuis longtemps, que dire non ou exprimer un désaccord crée des frictions qu’il n’a pas envie de gérer. Alors il se tait, il acquiesce, et il n’avance pas.
Créez un espace où le désaccord est non seulement toléré, mais bienvenu. Les questions ouvertes, posées en dehors des réunions collectives, sont vos meilleures alliées : “Qu’est-ce qui te pose problème dans ce projet ?” ouvre une porte que “Pourquoi ce n’est pas avancé ?” claque définitivement. La nuance est énorme pour ce profil.
Une fois qu’il parle, écoutez vraiment, sans interrompre, sans minimiser, sans passer immédiatement en mode solution. Le Vert a besoin de se sentir entendu avant d’être prêt à avancer. Un collaborateur Vert qui a pu s’exprimer pleinement peut retourner une situation en quelques semaines. C’est souvent l’un des profils les plus transformables, à condition d’y mettre le temps et la présence nécessaires.
Avec le profil DISC Bleu
Donnez-lui une tribune, une vraie, pas symbolique. Le profil DISC Bleu utilise les règles et les procédures comme armes de résistance parce qu’il n’a jamais eu l’occasion d’exprimer ses objections par un canal légitime. Sa rigueur, qui est une vraie qualité dans d’autres circonstances, devient un outil de sabotage discret quand il se sent exclu du processus de décision.
Intégrez-le en amont des décisions qui le concernent : demandez-lui son analyse, posez-lui des questions sur les risques qu’il identifie, valorisez explicitement sa capacité à voir ce que les autres ne voient pas. Ce n’est pas du temps perdu, c’est un investissement qui vous évite des semaines de blocage passif.
Quand il se sent consulté et que ses objections ont été entendues, même si elles n’ont pas toutes été retenues, le Bleu n’a plus besoin de saboter par procédure interposée. Il sait que sa voix compte. Et un Bleu qui sait que sa voix compte est l’un des collaborateurs les plus fiables et les plus rigoureux que vous puissiez avoir dans une équipe.
Quand le DISC et l’intelligence émotionnelle changent la donne
Décoder le comportement passif agressif grâce au DISC est un premier pas décisif. Mais pour aller plus loin, il faut aussi travailler la relation, et pas seulement le comportement observable.
C’est là qu’intervient le test d’intelligence émotionnelle EIQ. La passivité-agressive prospère dans les environnements où les émotions ne trouvent pas de canal d’expression légitime. Un manager doté d’une intelligence émotionnelle développée sait créer cet espace : il repère les signaux faibles avant qu’ils deviennent des comportements problématiques, il adapte son approche relationnelle à son interlocuteur, et il tient la conversation difficile sans l’escalader.
De même, quand le phénomène est collectif et qu’une culture de résistance silencieuse s’est installée dans l’équipe, l’indice de cohésion d’équipe permet de mesurer objectivement où en sont les tensions, avant de définir un plan d’action collectif.
Que retenir de tout cela
Le collaborateur passif agressif n’est pas un ennemi. C’est un collaborateur qui a perdu confiance dans sa capacité à s’exprimer directement, ou qui n’a jamais appris à le faire. Le DISC ne règle pas tout, mais il vous donne quelque chose d’inestimable : il vous indique par où entrer.
Un manager qui comprend qu’un Rouge résistant a besoin de contrôle retrouvé, qu’un Jaune en retrait a besoin de reconnaissance, qu’un Vert silencieux a besoin de sécurité, et qu’un Bleu procédurier a besoin d’être consulté, ce manager-là ne gère pas des comportements. Il gère des personnes.
Et c’est exactement la différence entre un manager qui subit son équipe et un manager qui la fait avancer.
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